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Histoires et Origines

Histoire du Qigong

Introduction

Retracer l’histoire du Qigong, de ses toutes premières origines jusqu’à aujourd’hui, s’avèrerait une tâche laborieuse qui exigerait l’analyse d’une multitude de découvertes archéologiques, de textes antiques tous issues de dates et de lieux différents témoignant des plusieurs courants qui ont marqué l’évolution de la culture corporelle en Chine. C’est pourquoi, dans le but de faire découvrir son histoire millénaire de façon simple et compréhensible, nous nous en tiendrons à retracer les courants majeurs qui ont été déterminants dans l’évolution du Qigong tel qu’on le connaît aujourd’hui.

 

Origine du mot Qigong

Tout d’abord, ce qu’il importe de savoir c’est que le terme Qigong est une appellation relativement moderne, issue d’une volonté de rassembler en une catégorie générale et autonome des pratiques corporelles qui existaient anciennement en Chine, mais sous des diverses appellations. En fait, la catégorie « Qigong » ne fait que reprendre sous un autre terme les techniques respiratoires, méditatives et corporelles pratiquées sous différentes formes depuis la haute antiquité chinoise, autrefois désignées par des noms variés tels que xinqi 行气 (diriger la circulation du souffle), fuqi服气 (se nourrir de souffle), tuna 吐纳 (expirer et inspirer), daoyin 导引 (conduire et étirer), anqiao 按乔 (masser), shushu 数数 (compter les respirations), jingzuo静坐 (méditation en position assise), wugong 卧功 (méditation en position allongée), etc.[1]

 

Le terme Qigong en lui-même serait apparu pour la première fois dans un ouvrage attribué à un certain Xu Sun 许逊des Jin (265-420).[2] On le décrit alors comme pratique comprenant la culture du souffle ainsi que de la vertu, mais sans lui attribuer de définition claire. C’est durant les Qing (1644-1911), alors que la religion commence à perdre de son influence, que le Qigong s’associe à la force du travail sur le qi et son utilisation martiale. À la fin des Qing, on voit apparaître dans l’œuvre « Les secrets de la boxe du Shaolin » un chapitre proposant une définition du Qigong en tant que maîtrise et travail du qi. L’emploi thérapeutique du terme Qigong date seulement de 1936, lorsqu’un certain Dong Hao 董浩publie à Hangzhou un ouvrage intitulé Thérapeutique spécifique pour la tuberculose : le Qigong.[3]

 

Naissance du Qigong moderne

 

Le Qigong moderne est « né » vers la fin des années 1940 dans la région du Hebei. Il faut comprendre qu’après la guerre, l’état des soins de santé en Chine étaient lamentables (12 000 médecins de formation scientifique soit 1 pour 26 000 personnes !).[4] Puisqu’il y avait toujours près 400 000 thérapeutes traditionnels, le gouvernement décida de faciliter l’accès à la médecine traditionnelle chinoise et de favoriser son développement conjointement avec celui de la médecine moderne.

 

C’est dans ce contexte que plusieurs dirigeants locaux du Parti communiste furent soignés par différents traitements de la médecine traditionnelle chinoise. C’est le cas de Lui Guizhen 刘贵珍 qui souffrait d’un ulcère gastrique et autres symptômes chroniques depuis plus de 10 ans. En 1947, il se fit soigner par son oncle paternel Liu Duzhou, qui lui enseigna le « travail de la Force intérieure » (neiyanggong 内养功). Après 102 jours de pratique, il fut rétabli de son ulcère dont il souffrait depuis 1940 et son poids augmenta de plus de 15 kilos, alors qu’il n’en pesait guère plus de 35 avant le traitement !

 

Lui Guizhen raconta son expérience aux autres membres du parti et ceux-ci lui permirent d’entreprendre des recherches afin de développer la thérapie par le Qigong. Dès lors, Liu Guizhen, entouré d’une équipe de recherche, se voue à un travail d’extraction de la méthode de son contexte religieux et « superstitieux ». Trois méthodes sont alors développées : le neiyanggong, méthode de respiration en position allongée ou assise, le qiangzhuanggong 强壮功, méthode de respiration dans la position du lotus, et le baojiangong保健功, qui combine l’exercice de la respiration avec des techniques d’auto-massage.[5]

 

Le 3 mars 1949, l’équipe de Lui Guizhen proclame formellement l’adoption du terme « Qigong » et par la même occasion présente la « Rapport de synthèse sur le traitement de maladies chroniques par le Qigong » et un « Rapport d’observation clinique de la thérapie par le Qigong ». En 1954, le premier sanatorium de Qigong est créé dans la ville de Tangshan et un second verra e jour dans le Hebei en 1956.

 

Liu Guizhen va à ce moment-là établir les normes et les critères de l’application du Qigong qui seront suivi par tous ses successeurs. Les méthodes de qigong élaborées par Liu Guizhen se distinguent des méthodes traditionnelles principalement par deux aspects : premièrement, leur mode de transmission, qui passe d’une transmission de maître à disciple, à une transmission en milieu médical assurée par des spécialistes formés dans les institutions de l’État ; deuxièmement, les références conceptuelles, comme les symboles traditionnels et religieux, sont reformulés et remplacés par des références psychologiques et scientifiques. Ce modèle alors élaboré par Liu Guizhen fut repris dans des institutions médicales à travers toute la Chine. Son livre, Qigong liaofa shixian [Applications de la thérapie par Qigong] publié en 1957, est le premier paru sur le Qigong moderne. Son influence sera considérable. Réédité en 1982, son tirage total est de 2 millions d’exemplaires. Son élaboration du concept et sa présentation de la méthode de pratique deviendront un modèle qui sera reproduit par toute la littérature ultérieure de Qigong jusque dans les années 1990.[6]

 

Ligne du temps (période moderne)

1949 à 1954

La médecine chinoise s’institutionnalise sous la direction de l’État.

1954 à 1959

Retournement contre la médecine occidentale, expansion massive de la médecine chinoise. Plusieurs établissements spécialisés dans le Qigong sont créés et se développent rapidement.

1959 à 1961

«Grand bond en avant»

Large diffusion du Qigong

1962 à 1965

Ralentissement des activités

1966 à 1976

Interdiction du Qigong durant la révolution culturelle

1980 à 1999

Développement des lignées de masse. La fièvre du Qigong

2000-2001

Éradication du Falun Gong. Démantèlement de tous les réseaux de Qigong

2001 à ce jours

Tolérance de la part de l’état. Regain progressif du Qigong

Les origines antérieures

La période classique peut être divisée de nouveau en trois courants majeurs : les origines issues du chamanisme, les pratiques d’entretien de la vie, soit la médecine, et les techniques thérapeutiques.

 

1- Origines chamaniques

 

On sait des chamans qu’ils agissaient comme intermédiaires entre le monde des hommes et celui des esprits afin d’écarter tout type de maux pouvant être engendrés par des forces maléfiques supérieures, des désastres naturels aux maladies. Ce genre de pratique impliquait une sorte d’exorcisme dans lesquelles le chaman « attirait » (yin 引) les esprits en lui pour ensuite les expulser. Des danses et des postures qui imitent les comportements animaux faisaient partie de ces rituels. Or, on sait que le daoyin, qui se veut en quelque sorte l’ancêtre du Qigong, a pour fonction d’attirer et d’expulser les éléments maléfiques par l’entremise de mouvements gymniques inspirés des animaux et autres pratiques corporelles.[7] Cette fonction d’expulsion du mal est bien attestée dans les descriptions du daoyin que l’on retrouve dans certains textes classiques : « Les mouvements servent à attirer les souffles malins (eqi 恶气) qui se trouvent dans le corps, à les suivre, à les attirer (yin 引) et à les faire sortir; c’est pourquoi on appelle ces exercices daoyin [ conduire et attirer ] ».

 

Les documents anciens nous indiquent que les techniques du daoyin furent probablement inspirées par les danses pratiquées dans la Chine antique et par le chamanisme. Par exemple, un des plus anciens maîtres associés au daoyin, Pengzu, était vénéré principalement comme maître du vent et de la pluie. Un autre maître, figurant parmi les immortels des Han, Chigongzi, était considéré comme le maître de la pluie. Cela nous ramène directement aux traditions du chamanisme, dont une fonction importante constituait à assurer la tombée de la pluie au bon moment et au bon endroit.

 

« Si le royaume éprouve une grande sécheresse, le chef des chamans se met à la tête et appelle la pluie en exécutant des danses. Le chaman appelle au printemps la bienveillance des esprits pour chasser les maladies épidémiques »[8]

2- Influences religieuses

La philosophie et les techniques du Qigong sont mentionnées dans les classiques taoïstes, notamment dans le Daodejing, rédigé au 4e siècle avant notre ère et le Zhuangzi, plus ancienne attestation écrite de la pratique du daoyin : « Expirer les sons chui et xu, cracher l’ancien souffle et absorber le nouveau, imiter l’ours se suspendant à l’arbre ou l’oiseau prenant son envol, tel est l’idéal de ceux qui veulent entretenir leur corps par le daoyin et sont de la même veine que Pengzu, qui vécut plus de huit cents ans. »

 

À l’époque des Han, Le daoyin constituait une méthode d’entretien du principe vital pratiquée par des gens du peuple comme par les lettrés soucieux de la condition de santé du corps et du pays. Le daoyin s’insérait dans une gamme de techniques (pratiques diététiques, respiratoires, mentales) qui furent reprises par les taoïstes à la recherche de l’immortalité et de l’harmonie avec la nature.

 

3- Utilisations thérapeutiques

 

Sous les Qin et les Han, les techniques du daoyin commencent à être considérées comme méthode thérapeutique de la médecine chinoise efficace dans le traitement de certains maux en particulier. Le Daoyintu, illustrations de daoyin retrouvé dans la tombe de Mawangdui (168 AV. J-C.), présentait des illustrations de postures à côté desquelles l’on retrouvait des indications thérapeutiques. Le plus important ouvrage médical de cette période, le Canon interne de l’empereur Jaune (Huangdi neijing 黄帝内经), ouvrage compilé entre le premier siècle avant et le premier de notre ère, mentionne à plusieurs reprises le daoyin en tant que technique thérapeutique. « Le peuple des contrées du centre souffre principalement de reflux du souffle, d’alternance de chaud et de froid, et il convient de soigner par le daoyin et les massages. »

 

Des exemples concrets de la pratique de certains mouvements pour guérir des maladies précises sont présenta dans les manuscrits de Mawangdui, où l’on retrouvait des indications thérapeutiques situées à côté d’illustrations de postures.

 

On y préconise également l’application du daoyin pour une affection des tendons : « Pour assouplir les tendons, et mettre l’esprit en harmonie, il convient de pratiquer le daoyin et de faire circuler le souffle. »

Ligne du temps

ANTIQUITÉ

2207-1765 XIA

1765-1122 SHANG et YIN

1122-221 ZHOU

722 – 481 Printemps et automnes

 

453 – 222 Royaumes combattants

- Personnages légendaires (immortels xian 仙) associés au Daoyin : Pengzu, , Chisongzi

- Wangzi Qiao (vers 550 Av.J-C)

- Première mention du daoyin inscrite sur des lattes de jade datées du 6e siècle AV. J-C.

- 501. Mention de quatre procédés de diagnostic médical : examen du teint et de la langue, formes primitives d’auscultation, histoire médicale du patient, examen du pouls.

- Laozi Daodejing

- Attestation écrite de la pratique du daoyin dans un passage du Zhuangzi 庄子 (4e siècle AV. J-C.)

- -300 : « thérapies des méridiens »

- Illustration de daoyin de la tombe de Mawangdui, datés de 246 à 177 AV. J-C.

PREMIERS EMPIRES

221 à -206 QIN

206 à 220 HAN

- Huainanzi 淮南子 (vers 122 AV. J-C.)

- Document sur le daoyin de la tombe de Zhangjiashan, 186 avant Jésus Christ

LE MOYEN AGE

220 – 265 Trois Royaumes

265 – 316 Jin occidentaux

317 – 589 Dynastie du Nord et du Sud

589 – 618 SUI

2e – 3e siècle : compilation finale du Classique interne de l’Empereur Jaune. (bible de la médecine chinoise)

SUI ET TANG

618 – 907 TANG

908 – 960 Cinq Dynasties

 

LE PREMIER EMPIRE MANDARINAL

920 – 1279 SONG

1115 – 1234 Jin

 

LES MONGOLS EN CHINE

1206 – 1367 YUAN

 

RESTAURATION DE L’EMPIRE MANDARINAL

1368 – 1644 MING

 

L’EMPIRE SINO-MANDCHOU

1644- 1911 QING

 

FIN DE L’EMPIRE – DÉBUT DE LA RÉPUBLIQUE POPULAIRE

1812 RÉPUBLIQUE DE CHINE

 

RÉPUBLIQUE POPULAIRE DE CHINE

 

 

 

Bibliographie

DESPEUX, Catherine. La moelle du Phénix Rouge. Santé et longue vie dans la Chine du XVIe siècle. Paris, Guy Trédaniel, 1988, 301p.

 

DESPEUX, Catherine. la gymnastique daoyin dans la Chine ancienne, dans Études chinoises, vol. XXIII (2004)

 

DESPEUX, Catherine, Traité d’Alchimie et de Physiologie Taoïste par Zhao Bichen, Paris, Les deux océans, 1979,193p.

 

DESPEUX, Catherine, « Gymnastics : The Ancient Tradition », in Khon (ed.) 1989, p.225-261.

 

KENNETH. S. Cohen, The way of qigong, New York, Balantine, 1997, 428p.

 

PALMER, David A. La fièvre du Qigong: guérison, religion et politique en Chine, 1949-1999. Paris: Éditions de l'École des Hautes Études en Sciences Sociales, 2005. 511p.

SCHIPPER, Kristofer, 1993, « Le taoïsme », in Le fait religieux, sous la dir. De Jean Delumeau, Paris : Fayard, p.531-577.

 

MING, Pang, Zhineng qigong kexue gailun 智能气功科学概论 [Esquisse de la science du Zhineng qigong]. 1994a, Beijing, Guoji wenhua chuban gongsi.



[1] PALMER, David A. 2005. p. 44

 

[2] Cf. dans le revue Zhongguo qigong (2. 1987) l’article de Chang Tian intitulé « origine du terme Qigong » (Qigong yicide youlai) (pp. 44-45), d’après lequel ce terme serait utilisé pour la première fois dans le Jingming zongjiao lu.

[3] Feilaobing teshu liaofa—qigongliaofa 肺痨病特殊疗法──气功疗法

[4] PALMER, David A. 2005. p. 46

[5] PALMER, David A. 2005. p. 43

[6] PALMER, David A. 2005. p. 59

[7] DESPEUX, Catherine. 2004, p.63

[8] Rites des Zhou (Zhouli 周礼)

L’Institut de Qigong du Québec offre des cours à Montréal, Longueuil et plusieurs autres endroits sur la Rive-Sud (St-Julie, St-Lambert, Brossard) de même que sur la Rive-Nord (Laval), etc. De plus, nous donnons des séminaires un peu partout au Québec, par exemple, dans les régions de Sutton et Bromont. Bientôt, de nouveaux cours seront ouverts dans les régions de Lanaudière et St-Agathe.